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Que l’on voie Les trois soeurs de Tchekhov pour la première fois ou pour la énième fois, on ne se lasse pas de ce chef-d’oeuvre. Pourvu que la mise en scène et les acteurs soient à la hauteur c’est-à-dire soient traversés jusqu’au tréfonds de leur âme par cette pièce on ne peut plus attachante.
C’est fortement le cas avec Attila Vidnyánszky et ses acteurs de la troupe de Beregszász. Olga, Irina et Macha, trois soeurs ont vécu autrefois à Moscou. Depuis la mort de leur père un an auparavant, elles vivent en province avec leur frère Andréï et leur vieille bonne. Elles se languissent de la capitale et Andreï s’apprête à se marier. Un bataillon de l’armée russe qui vient stationner dans leur chef-lieu de département va chambouler leur vie. C’est là toute l’intrigue, mince au possible, qui n’a guère d’importance chez Tchekhov où tout est dans les rapports humains, les petits riens de la vie.
Attila Vidnyánszky et sa troupe ont d’abord joué Les trois soeurs en plein air. Puis ils l’ont donné en intérieur dans un lieu resserré. C’est cette seconde version que présente Passages.Pendant que les spectateurs s’installent, les acteurs encombrent le plateau d’objets, de linge, de billots, d’instruments de musique, d’uniformes, de bouteilles de vodka et même d’une grosse loupe déformante.
Au fond sur un écran apparaît et disparaît la première version du spectacle filmée en plein air, comme un souvenir évanescent. L’atmosphère s’alourdit. Bientôt un incendie va éclater. Mais c’est toute la pièce qui semble brûler dans cette version sombre et incandescente des Trois soeurs.
©Béla Ilovszky
Jeudi 12 Mai à 19:00
Le Chapiteau, Place de la République, Metz
Mardi 17 Mai à 21:00
D’un côté de la frontière il y a Beregovo (Beregszász en hongrois), une petite ville d’Ukraine à forte minorité hongroise. De l’autre côté se dresse Debrecen, la seconde ville de Hongrie.
Entre Beregszász et Debrecen, le coeur hongrois du metteur en scène Attila Vidnyánszky ne balance pas : il les aime toutes les deux.
Né en Ukraine à Beregovo (en 1964), Attila sort diplômé de la faculté de mise en scène au sein de l’école supérieure d’art dramatique de Kiev en 1992. La même année, il fonde le théâtre hongrois de Beregszász et commence à signer des spectacles dont la réputation ne va pas tarder à passer les frontières. Le grand maître russe Anatoli Vassiliev invite son cadet à venir à Moscou présenter son travail dans son théâtre durant deux saisons.
Et la Hongrie bientôt le sollicite. En 2006, passant la frontière, il est devenu le directeur du théâtre Csokonai de Debrecen tout en restant le directeur du théâtre de Beregszász, ne voulant pas abandonner la troupe qu’il avait formée. Quelques dizaines de kilomètres seulement séparent les deux villes.
Depuis l’an dernier, Attila Vidnyánszky dirige en outre le festival Mezzo. Comme son ami de Kiev, Vlad Troïtskyi, c’est un bourreau de travail bourré de talent, soucieux d’échanges et de transversalité. C’est ainsi qu’il a invité à Debrecen le dramaturge français Valère Novarina à mettre en scène sa pièce L’opérette imaginaire traduite en hongrois. Un spectacle qui est venu à Paris au Théâtre de l’Odéon en novembre 2010.
Attila Vidnyánszky : « Quand on préparait Les trois soeurs de Tchekhov, nous sommes allés dehors nous allonger dans l’herbe pour inhaler la poésie de Tchekhov. Quand on répétait Le fils devenu cerf du poète hongrois Ferenc Juhász nous sommes restés enfermés huit mois dans une pièce pleine d’échos pour mieux ressentir l’harmonie de la mélodie poétique du texte. »
Egalement au programme
Auteur(s) : Anton Tchekhov
Décor : Alekszandr Belozub
Costumes : Klára V. Csolti
Avec : Attila Kristán, Nelli Szűcs, Andrea Kacsur, Ibolya Orosz / Natália Gál, Magdolna Vass, András Kacsur, László Tóth, Viktor Ivaskovics, Zsolt Trill, József Varga, József Rácz, Imre Szabó, István SÅ‘tér, Melinda Orosz, Ildikó Béres, Viktória Tarpai, Attila Ferenci
Production : Théâtre Hongrois de Beregszász (Ukraine)
Langue : hongrois surtitré en français
Durée : 2h10


















