Exceptionnelle tout d’abord parce que Passages, fidèle
aux missions qu’il s’est données, permettra au public
de découvrir, de retrouver des artistes forts et singuliers.
En l’occurrence, de découvrir le metteur en scène russe
Nikolaï Kolyada qui s’installe dans une « baraque
théâtre » tout au long du festival pour une formidable
passe de trois : Hamlet, Le roi Lear et Le Révizor.
Avec Jean-Pierre Thibaudat, nous avons été dans
l’Oural, à Ekaterinbourg, suivre son travail. Il vient
pour la première fois en France.
Découverte de la mise en scène rare du Pays lointain,
la dernière pièce de Jean-Luc Lagarce, par le metteur
en scène lituanien Gintaras Varnas.
Découverte encore de l’Israélien Amit Drori et ses
incroyables paysages visuels enfantés par Orlando,
l’oeuvre de Virginia Woolf.
Retrouvailles avec le Hongrois Béla Pintér (découvert
à Passages 2007 avec son fameux Opéra paysan, repris
au Festival d’Automne cette saison à Paris et Korcula,
programmé à Lille), qui présentera en première
française sa dernière création, un thriller où des
Hongrois se prennent pour des Japonais.
Retrouvailles également avec le théâtre Sfumato venu
de Bulgarie (c’était il y a longtemps, en 1996 le premier
Passages avec un fameux diptyque Tchekhov !...).
Avec le Festival d’Automne, nous présentons leur
dernier projet au long cours Vers Damas, une
étonnante trilogie Strindberg: Julie, Jean et Kristine
et La danse de mort et Strindberg à Damas.
Retrouvailles encore avec les Frères Forman et leur
mystérieux Obludarium, cirque tchèque aux
innombrables monstres de chair, d’os et de bois.
Fidélité avec le Théâtre libre de Minsk venu à Passages
2007 qui reprend son emblématique Génération Jeans
et nous offre la primeur française de ses deux nouvelles
créations Zone de silence et En découvrant l’amour.
Et puis ce onzième Passages, en écho à l’actualité,
propose des cabarets politiques où se croiseront artistes
et observateurs de Géorgie, Afghanistan, Ukraine
et Tchétchénie...
Comme toujours la musique sera très présente.
Musiques venues d’Orient et d’Asie Centrale, d’Afghanistan
et d’Azerbaïdjan qui réserveront des surprises.
Groupe venu de je ne sais quelle contrée de l’Est,
Bortsch Orkestra va bluffer et faire danser ceux qui
en ont envie à l’Autre Canal.
Et puis l’immense musicien hongrois de notre temps
György Kurtág invité par l’Ensemble Stanislas.
Mais encore des artistes lituaniens et roumains exposés
par le FRAC de Lorraine au CCAM de Vandoeuvre-lès-
Nancy, des films venus de loin au Cinéma Caméo.
Et d’autres étonnements encore...
Donc une édition vraiment exceptionnelle faite en dépit
de multiples difficultés ...
Car c’est vrai qu’en mai 2008 j’informais publiquement
des difficultés financières que connaîtrait la prochaine
édition du Festival Passages au sein du Centre
dramatique national de Nancy.
Et puis, miracle, passé les élections municipales,
Metz disait vouloir rejoindre Passages.
Pour la première fois de leur histoire, les deux villes
de Metz et de Nancy, sous la dynamique et franche
impulsion du Conseil Régional de Lorraine, allaient
ensemble donner un nouveau souffle à ce festival
devenu indispensable pour nombre d’artistes de l’est de
l’Europe et pour un public sans cesse plus nombreux.
La Lorraine développait là visibilité, attractivité, et
donnait sens aux brassages et aux passages qui la
caractérisent. Elle affichait également un désir d’une
énergie commune entre ses deux grandes métropoles.
Tout cela venait en son heure. Avec de belles
perspectives.
Car, dans le même temps, chacun savait que je n’avais
pas sollicité le renouvellement de mon mandat à la tête
du Centre dramatique national de Nancy.
Une nouvelle structure allait naître en Lorraine et elle
n’allait certes pas « encombrer » le territoire puisqu’elles
ne sont pas pléthore dans la région.
Or, là où face à cette formidable nouvelle donne (une
nouvelle figure à la tête du CDN, un nouveau Passages
Metz-Nancy), on aurait attendu de l’enthousiasme et
du soutien, on vit hésitation, incertitude et frilosité.
Alors, comme on dit, j’ai craqué. Tout ce désir, toute
cette foi mise dans la naissance d’un nouveau projet
et, en face, tant de freins, tant de petits calculs
incompréhensibles, tant de stratégies insaisissables !
J’ai dit assez. Les comptables avaient gagné. Je renonçais
la mort dans l’âme à cette édition Metz-Nancy.
Ce Passages 2009 sera donc le dernier que j’animerai
en tant que directeur du Centre dramatique national
de Nancy, que je quitterai avec le sentiment d’un
rendez-vous manqué...
Mais avec la formidable et tenace envie que Passages
continue.
Ici, là, ailleurs, de la même façon ou autrement.
La nécessité de Passages est trop forte.
Et maintenant, assez de paroles et place aux poètes.
Que Passages 2009 soit une belle fête et qu’elle
ne s’arrête pas là, c’est là tout mon souhait pour
les artistes et un public fidèle, curieux et généreux.
Charles Tordjman, Janvier 2009