Passages 2009, une édition exceptionnelle. À plus d’un titre.

Edito

Exceptionnelle tout d’abord parce que Passages, fidèle aux missions qu’il s’est données, permettra au public de découvrir, de retrouver des artistes forts et singuliers. En l’occurrence, de découvrir le metteur en scène russe Nikolaï Kolyada qui s’installe dans une « baraque théâtre » tout au long du festival pour une formidable passe de trois : Hamlet, Le roi Lear et Le Révizor.
Avec Jean-Pierre Thibaudat, nous avons été dans l’Oural, à Ekaterinbourg, suivre son travail. Il vient pour la première fois en France.
Découverte de la mise en scène rare du Pays lointain, la dernière pièce de Jean-Luc Lagarce, par le metteur en scène lituanien Gintaras Varnas.
Découverte encore de l’Israélien Amit Drori et ses incroyables paysages visuels enfantés par Orlando, l’oeuvre de Virginia Woolf.
Retrouvailles avec le Hongrois Béla Pintér (découvert à Passages 2007 avec son fameux Opéra paysan, repris au Festival d’Automne cette saison à Paris et Korcula, programmé à Lille), qui présentera en première française sa dernière création, un thriller où des Hongrois se prennent pour des Japonais.
Retrouvailles également avec le théâtre Sfumato venu de Bulgarie (c’était il y a longtemps, en 1996 le premier Passages avec un fameux diptyque Tchekhov !...).
Avec le Festival d’Automne, nous présentons leur dernier projet au long cours Vers Damas, une étonnante trilogie Strindberg: Julie, Jean et Kristine et La danse de mort et Strindberg à Damas.
Retrouvailles encore avec les Frères Forman et leur mystérieux Obludarium, cirque tchèque aux innombrables monstres de chair, d’os et de bois.
Fidélité avec le Théâtre libre de Minsk venu à Passages 2007 qui reprend son emblématique Génération Jeans et nous offre la primeur française de ses deux nouvelles créations Zone de silence et En découvrant l’amour.
Et puis ce onzième Passages, en écho à l’actualité, propose des cabarets politiques où se croiseront artistes et observateurs de Géorgie, Afghanistan, Ukraine et Tchétchénie...
Comme toujours la musique sera très présente. Musiques venues d’Orient et d’Asie Centrale, d’Afghanistan et d’Azerbaïdjan qui réserveront des surprises. Groupe venu de je ne sais quelle contrée de l’Est, Bortsch Orkestra va bluffer et faire danser ceux qui en ont envie à l’Autre Canal.
Et puis l’immense musicien hongrois de notre temps György Kurtág invité par l’Ensemble Stanislas. Mais encore des artistes lituaniens et roumains exposés par le FRAC de Lorraine au CCAM de Vandoeuvre-lès- Nancy, des films venus de loin au Cinéma Caméo.
Et d’autres étonnements encore...
Donc une édition vraiment exceptionnelle faite en dépit de multiples difficultés ...

 

Edito

Car c’est vrai qu’en mai 2008 j’informais publiquement des difficultés financières que connaîtrait la prochaine édition du Festival Passages au sein du Centre dramatique national de Nancy. Et puis, miracle, passé les élections municipales, Metz disait vouloir rejoindre Passages.
Pour la première fois de leur histoire, les deux villes de Metz et de Nancy, sous la dynamique et franche impulsion du Conseil Régional de Lorraine, allaient ensemble donner un nouveau souffle à ce festival devenu indispensable pour nombre d’artistes de l’est de l’Europe et pour un public sans cesse plus nombreux. La Lorraine développait là visibilité, attractivité, et donnait sens aux brassages et aux passages qui la caractérisent. Elle affichait également un désir d’une énergie commune entre ses deux grandes métropoles. Tout cela venait en son heure. Avec de belles perspectives. Car, dans le même temps, chacun savait que je n’avais pas sollicité le renouvellement de mon mandat à la tête du Centre dramatique national de Nancy.
Une nouvelle structure allait naître en Lorraine et elle n’allait certes pas « encombrer » le territoire puisqu’elles ne sont pas pléthore dans la région.
Or, là où face à cette formidable nouvelle donne (une nouvelle figure à la tête du CDN, un nouveau Passages Metz-Nancy), on aurait attendu de l’enthousiasme et du soutien, on vit hésitation, incertitude et frilosité. Alors, comme on dit, j’ai craqué. Tout ce désir, toute cette foi mise dans la naissance d’un nouveau projet et, en face, tant de freins, tant de petits calculs incompréhensibles, tant de stratégies insaisissables ! J’ai dit assez. Les comptables avaient gagné. Je renonçais la mort dans l’âme à cette édition Metz-Nancy. Ce Passages 2009 sera donc le dernier que j’animerai en tant que directeur du Centre dramatique national de Nancy, que je quitterai avec le sentiment d’un rendez-vous manqué...
Mais avec la formidable et tenace envie que Passages continue.
Ici, là, ailleurs, de la même façon ou autrement. La nécessité de Passages est trop forte.
Et maintenant, assez de paroles et place aux poètes. Que Passages 2009 soit une belle fête et qu’elle ne s’arrête pas là, c’est là tout mon souhait pour les artistes et un public fidèle, curieux et généreux.

 

Charles Tordjman, Janvier 2009